Consignes pour le prochain cours
Lundi 8 décembre 2008
Bonjour à tous !
Pour notre prochain cours, je vous demanderais sans faute d’apporter en classe vos 2 billets que vous aurez imprimés sans que votre nom n’y apparaisse. Si vous ne pouvez le faire à partir de WordPress, faites un copier-coller des billets dans Word et imprimez le document.
Merci !
Alex
La défaite (2B)
Lundi 15 décembre 2008
Dans la première partie du roman, les personnages du récit tentent chacun à leur façon d’améliorer leur sort. Florentine est convaincue d’avoir trouvé l’homme qu’il lui faut et mise tout ce qu’elle a dans cet amour. Eugène s’enrôle dans l’armée, pensant y trouver sa voie. Jean se plonge éperdument dans son travail. Rose-Anna, qui en a assez de passer toutes ses journées à lutter pour leurs biens essentiels, saute sur n’importe quelle occasion pour trouver du travail à son mari. Azarius, quand à lui, trouve toujours des prétextes pour fuir la réalité de son quotidien. Mais plus on avance dans le roman et plus la quête des personnages semble inaccessible. Florentine n’est pour Jean qu’une courte distraction, mais continue de s’accrocher désespérément à lui. Bientôt, tous feront face à une réalité blessante. Des événements inattendus contribueront à accentuer le trouble de la famille dans les chapitres quinze et seize; l’amorcement de leur chute…
«Rose-Anna le regarda en silence pendant quelques secondes; et écoutait son propre cœur. Il y avait des instants où, violemment, Azarius la replongeait dans sa jeunesse » comme lorsqu’il lui avait appris qu’ils iraient voir sa parenté. Elle ne cessait dès lors de voir surgir, se recomposer, s’enchaîner les délices de son enfance. À l’aube, ils partirent pour la campagne. Dans la voiture, tous étaient paisibles et partageaient le plaisir d’être ensemble, échangeant peu de paroles. Attentive aux paysages qu’ils traversaient, Rose-Anna pensait à cette existence laissée derrière elle. Elle avait le souvenir d’une vie plus saine et plus gaie. Être pauvre à la campagne était endurable, le travail ne manquait pas, le milieu était moins pollué et on avait plus d’espace pour vivre. Mais elle avait jadis fui la campagne pour la ville, pensant y trouver plus de richesse et s’était trompée. En ville, la pauvreté qui les assaillait tous les jours causait leur mal de vivre et elle ne tenait pas à avoir des membres de sa famille comme témoins, car cette idée qu’on ne connaissait pas toute sa misère rendait moins grande sa peine. Ce séjour à la campagne lui permettrait de se ressourcer, de voir sa mère, ses frères et sœurs. Elle avait hâte d’arriver, impatiente de regarder les visages souriants de ses enfants lorsqu’ils s’amuseraient dans la neige. Elle les voyait déjà « se régaler de trempettes et de toques, douceurs toutes nouvelles pour eux. » Mais le choc du bonheur retrouvé s’estompa très vite. « Un coup rude lui vint de sa belle-sœur Réséda. En l’aidant à dévêtir les enfants, la jeune madame Laplante s’écria : – Mais ils sont bien pâles tes enfants, Rose-Anna! Leur donnes-tu de quoi manger au moins? » C’est alors qu’elle comprit soudain « comme sa joie était une chose frêle et vite menacée. » Elle contempla son fils et remarqua combien sa maigreur contrastait avec l’ainé de Réséda, « joufflu et rosé ». Une vive douleur lui tenailla les entrailles. Elle avait du mal à dissimuler sa souffrance et la masquer ne semblait guère faire disparaître le regard désapprobateur de sa mère. Désarmés, ils repartirent avec un sac de provisions que la mère de Rose-Anna, soucieuse, avait pris soin de leur donner.
La famille absente, Florentine en avait profité pour inviter Jean à la maison. Elle avait tout préparé pour bien l’accueillir. Dès son arrivée, elle s’était mise aux petits soins pour lui. Mais elle l’exaspérait avec toutes ses attentions. Il était mal à l’aise dans la maison de Florentine, car elle « lui rappelait ce qu’il avait par dessus tout redouté : l’odeur de la pauvreté, cette odeur implacable des vêtements pauvres, cette pauvreté qu’on reconnaît les yeux clos. » Tout son univers le dégoutait. Il lui rappelait la misère qu’il avait côtoyée à l’orphelinat, son enfance triste, son adolescence solitaire. La plaie qu’il pensait cicatrisée s’était rouverte. Emporté par ses souvenirs douloureux, il viole Florentine.
La première moitié du roman se termine sur une note grave; retentissante, qui résonnera encore longtemps dans la tête des personnages.
Que va-t-il se passer avec le blog?
Samedi 13 décembre 2008
Maintenant que Mr. Alexandre Lussier, notre ancien prof de français, est parti, que va-t-il se passer avec le blog. Est-ce qu’on va avoir d’autres questions à répondre (Mr. Bernachez va nous les donner?!)? Est-ce que les activités sur Bonheur d’Occasion sont terminées? Bref, si quelqu’un a des réponses, ce serait bien de les entendre…
Saint-Henri, Saint-Denis… Saints au gout amer
Mercredi 10 décembre 2008
Ah! la pauvreté. Plus qu’une situation financière: un état d’esprit particulier qui s’empare sournoisement des personnes le plus démunies. Infatigable pauvreté qui gruge l’âme des pauvres! tristesse constante, crasseuse, qui s’approprie leurs quotidiens!
Dans la première partie de Bonheur d’occasion, l’auteure la dépeint de façon de plus en plus prononcée à mesure que les chapitres se déroulent, comme un chapeau dont les personnages se seraient coiffés, qui ratatine, qui se rapièce, mais qui ne s’ôte pas… On découvre ainsi, peu à peu, le malheur de ces gens qui n’ont rien, qui ne sont rien aux yeux du monde, et on croit (enfin on espère) qu’ils ne peuvent aller plus mal, ni d’ailleurs être plus indigents qu’ils nous sont décrits. On s’attriste sur la pâle physionomie de Florentine, sur son allure effacée et fragile, sur l’inquiétude constante de Rose-Anna qui n’arrive pas à joindre les deux bouts, sur la petite famille qui “en arrache”.
L’ébauche faible d’une issue possible commence à se former pour les personnages, premièrement pour Florentine qui fait la rencontre de Jean, duquel elle tombe amoureuse et en qui elle entrevoit le salut lui permettant de se sortir du cercle vicieux que constitue sa miséreuse vie. Quant à Rose-Anna, l’argent amené par son fils enrôlé dans l’armée constitue aussi un début pour elle, qui s’en réjouit tout de même avec une certaine réticence.
La perspective de la vie de ces deux personnages prend une teinte bien plus rose aux chapitres 13 et 14, où une lueur d’espoir se met à scintiller au bout du tunnel sombre et obscur qui abrite leurs tourments incessants. Azarius, sommé par sa femme de se trouver un travail, réussit à emprunter un truck là où il est nouvellement embauché et propose à toute sa famille d’aller faire un petit tour en campagne histoire de rendre visite à la parenté de Rose-Anna. Cette dernière est complètement ravie et s’exhalte de cette opportunité dont elle peut bénéficier grâce à Azarius, son “beau fou”. Il lui tarde de revoir les lieux de son enfance, les gens de sa jeunesse si lointaine déjà, les odeurs des terres qui l’ont vu grandir, la cabane à sucre qui l’emplit de joie rien qu’au souvenir de la tire sucrée…
Pour Florentine, qui décide de ne pas accompagner sa famille chez les Laplante, c’est la joie d’accueillir Jean Lévesque chez elle qui la transporte. Elle l’invite et lui porte une attention toute particulière, veille à ce qu’il ne manque de rien, le traite avec égard…
Puis, autant à Saint-Henri qu’à Saint-Denis, tout bascule…
Une transition vers une chute sans fin s’amorce lorsque, d’une part, en campagne, Rose-Anna se rend compte de sa misère auprès des siens. Elle, si fière, ne pouvait se permettre de faire transparaître sa pauvreté chez les gens de la famille. «Làs-bas, on les croyait à l’aise; et cette idée qu’on ne connaissait pas toute leur misère avait toujours été une consolation pour Rose-Anna.» Or, à peine arrivée, sa belle soeur Réséda lui porte un premier coup déjà:
« – Mais ils sont ben pâles tes enfants, Rose-Anna! Leur donnes-tu de quoi manger au moins?»
Les beaux enfants potelés et rosés de la paysanne, dont Gilbert qui est du même âge que le chétif Daniel, lui font réaliser les petis visages maigres et les membres fluets des siens. Elle se désole presque d’être venue, mais son regret est total lorsqu’elle remarque que la vieille mère Laplante, sa propre mère, se doute pertinemment de leurs difficultés financières et leur donne de quoi se nourrir sans aucune forme d’affection. «Mais est-ce rien que ça qu’une mère doit donner à ses enfants?». Elle se rend alors compte combien sa joie est frêle et bien vite menacée. «Quelle folie d’être allé aux sucres! Chercher une joie, n’était-ce pas pour eux, est-ce que ce n’avait pas toujours été un sûr moyen de s’attirer la malchance? Oh! qu’elle paraissait absurde et incompréhensible, maintenant, la frénésie de bonheur, qui, tous, les avait saisis. » (p.227) Dès leur retour, Azarius, ayant volé le camion, perd son emploi, et on apprend que le petit Daniel est leucémique. Qu’est-ce qui attend encore les êtres chers auxquels Rose-Anna tient? Elle qui croyait avoir trouvé son bonheur en visitant les siens…
D’autre part, du côté de Saint-Henri maintenant, les perpectives de Florentine prennent aussi une allure dramatique lorsque Jean la viole. C’est, pour ce dernier, une manière de cracher sur son ancienne vie qui le colle toujours un peu, d’humilier celle qui personnifie ses pauvres jours en même temps que ceux-ci. Et le pire dans tout le scénario, c’est qu’il ne regrette pas son geste et se trouve idiot de tenter de le justifier. Pour la jeune fille, c’est le début d’un chamboulement qui la marquera comme au fer chaud, d’une crainte qui s’empare de la pauvre créature qui atteint l’apogée de la perte de sa fierté : «Puis, elle sentit naître en elle une plainte sourde, un cri bas, troublé, qui demandait que Jean l’aimât encore, malgré cette haine qu’il lui inspirait et qui pesait sur son coeur. Pour être délivrée de cette haine, pour être délivrée de sa peur, il fallait qu’il l’aimât.» Jean lui manque et elle craint de le perdre, malgré le fait d’être sa victime, elle ne peut s’empêcher de vouloir le voir, de le désirer encore plus. Ce qui fait que Florentine sombre après l’acte odieux posé par Jean, c’est que ce dernier veut à tout prix se détacher de ce qui lui rapelle Saint-Henri, de ce fait, de Florentine elle-même. Pour elle – sa fierté disparue, sa peur toujours présente de ne plus le revoir, tout cela conjugué au sentiment de haine qu’il lui inspire – , tout cela finira par la perdre…
Héros de Saint-Henri
Mercredi 10 décembre 2008
Très logique et honnête, familier et vivant une vie sans risques, Jean Lévesque est un ingénieur machiniste plein d’ambition. Il est optimiste envers l’avenir avec sa détermination distincte de tous les autres lâches de Saint-Henri. Sa persistance de trouver une solution à sa misère le pousse à surmonter ses obstacles (comme un héros !).
« Jean songea non sans joie qu’il était lui-même comme le bateau, comme le train, comme tout ce qui ramasse de la vitesse en traversant le faubourg et va plus loin prendre son plein essor. Pour lui, un séjour à Saint-Henri ne le faisait pas trop souffrir : ce n’était qu’une période de préparation, d’attente. » p.36
J’avoue que dès le début du roman, il est peint comme un personnage irritant et désagréable, toutefois même dans ces chapitres, nous voyons son côté plus doux, plus humain. En effet, il se surprend par ses actes en égard à Florentine.
« Et cette même cette phrase qu’il venait de prononcer : « Qu’est-ce que tu fais ce soir ? »… il ne l’avait pas prévue (…) » p.12
Jean essaie tellement fort de se sortir du trou dans lequel il est. Il se crée même un masque pour ne pas être confondu avec les gens vivant autour de lui. Aux Deux Records, on le traite de pacifiste et on ne l’écoute pas. Pourquoi ? Parce ce qu’il disait était la réalité. Il n’est pas mauvais et refuse de faire du tord à quelqu’un qu’il ne connaît pas. Il veut juste vivre.
« – Nous autres, on nous dit que l’Allemagne veut nous détruire. Mais en Allemagne, à l’heure qu’il est, du monde tranquille comme nous autres, pas plus méchant que nous autres, se laisse monter la tête avec la même histoire ; à ce qu’on leur dit, on veut les tenir enfermés dans un pays trop petit, on veut les empêcher de vivre. D’un côté ou bien d’un autre, il y a quelqu’un qui se fait coller une blague. Ça se peut que ça soit eux autres qui se trompent. On le sait pas. Mais moi, j’ai pas envie d’aller tuer un gars qui m’a jamais fait de mal et qui peut pas faire autrement que de se laisser mener par ses dirigeants. J’ai rien contre lui, ce pauvre gars-là. Pourquoi ce que j’irais y passer une baïonnette dans le corps ? Il a envie de vivre comme moi. Il tient à la vie autant que moi. » p.46
Dans le chapitre où Jean et Florentine vont au restaurant pour la première fois ensemble, on voit que Jean est un individu ayant le contrôle de sa vie et qui veut montrer sa supériorité. Pour sauver Florentine (oui oui, très héroïque.) qui ne savait pas lire, en la voyant troublée, il va choisir ses plats. Jean avait amené Florentine à ce restaurant dans le but qu’elle se nourrisse mieux, puisqu’elle était trop maigre. Les intentions de Jean étaient bonnes, mais il était irrité à la vue qu’elle ne mangeait pas.
« Et elle parlait toujours. Elle s’arrêtait parfois pour picorer dans son assiette comme un oiseau » p.83
Issu du même quartier pauvre que Florentine, c’est normal que Jean essaie de fuir un amour entre lui et la petite serveuse. Pour ajouter à sa misère, son enfance qui était ruiné a été passée dans un orphelinat, puis son adolescence n’était pas mieux, lorsqu’il fut négligé par ses parents adoptifs. Ainsi, il semble être un sans-cœur très froid, car il n’a jamais eu de chez nous, comme Rose-Anna se souvenait.
« Sa mère, celle qui avait insisté pour qu’il lui donnât ce nom, n’avait point été dure à son égard ; mais après la mort de son enfant, elle s’était renfermée en elle-même, si lointaine, si inaccessible, que Jean se rappelait avoir trouvé auprès d’elle une solitude pire que celle de l’orphelinat. » p.210
Dans le passage où Jean viole Florentine. La faute n’est pas à lui seule. Florentine est assez naïve pour inviter un homme, presque inconnu, chez elle pour… quoi encore ? Une soirée romantique ? J’en doute.
Le passé difficile que Jean avait maintes fois essayé de rejeter, revenait sous une nouvelle forme, Florentine. Cette dernière personnifiait ce souvenir, ce souvenir qui le hantait. Alors, il va faire quelque chose totalement hors de sa nature. On le voit bien, parce que son corps ne répond pas à ce qu’il dit.
« – Oh, fit-il, agacé, va chercher ton chapeau et on ira aux vues. Mais il la retenait contre lui. Il savait maintenant que la maison de Florentine lui rappelait ce qu’il avait par-dessus tout redouté : l’odeur de pauvreté, cette odeur implacable des vêtements pauvres, cette pauvreté qu’on reconnaît les yeux clos. Il comprenait que Florentine elle-même personnifiait ce genre de vie misérable contre laquelle tout son être se soulevait. » p.213
Enfin, je ne peux pas dire que Jean est un héros parfait. Il est simplement un personnage comme n’importe quel homme ayant des défauts et des qualités, personne n’est parfait. Si Florentine aime Jean, c’est parce qu’elle aime aussi son côté arrogant. Bref, Jean est un héros pour la population de Saint-Henri, puisque c’est le seul dans Bonheur d’occasion à viser si haut dans la montagne, et peut-être l’un des seuls qui va atteindre son but.
Le héro qu’il est (vraiment)
Mercredi 10 décembre 2008
Il a souffert, Jean Lévesque, il a tant souffert. Enfant, il perd ses parents pour passer ses jours prochains dans un saint orphelinat jusqu’à que ses nouveaux gardiens décident de l’adopter. Et pourtant… Pourtant, il ne s’est pas laissé abattre. Après sa chute, il s’est relevé, tout seul, pour consacré son temps à étudier, toujours étudier – à travailler, toujours plus ardemment. Il n’est pas resté là, découragé, à attendre que son piteux destin change, non. Il s’est lui-même avancé pour lutter contre ce qui le rendait malheureux, ce destin qui le clouait à la pauvreté, à la misère. C’est un homme au passé tragique qui ne s’est pas abandonné malgré tout. Un vrai héro, non ?
« Ill atteignait une époque relativement calme où, comme un naufragé dans une île déserte, il regardait toute ressource autour de lui avec un besoin primitif de la plier à ses fins. Il se vouait à des années de lutte et de misère au bout desquelles il n’aurait qu’à étendre la main pour saisir le fruit de son travail et de son renoncement. » (p. 212)
Même dans sa bataille, il souffre et il accepte cette souffrance. Telle est sa conviction. Il s’acharne année après année et, bien qu’il ne voit pas sa situation s’améliorer remarquablement, mais il demeure patient, car, il le sait, ses efforts seront un jour récompensés et pour que ce jour vienne, il persiste dans sa quête.
Son temps est précieux, dit-il. Il le gère à bon escient et ne tolère aucun obstacle sur le chemin de son ambition. Et Florentine, elle ? Elle est la preuve que Jean Lévesque n’est pas aussi indifférent, sans coeur et méchant qu’il le semble. Après tout, malgré qu’il sache que sa présence n’est point bénéfique pour elle, il cède non à son charme mais à son achalante insistance, il lui donne de son temps qui lui est si important. Il la sauve de son ennuie. Sacrifices.
Pour la jeune fille, par contre, ce n’est jamais assez ! Elle attend de lui toujours plus de ces sacrifices de sa part, elle ne joue pas franc jeu avec ce gentil homme. Vous allez dire que c’est parce qu’elle l’aime ? Cela ne justifie pas le fait qu’elle ne fait qu’à sa tête sans tenir compte de ce qu’il pense vraiment. Pauvre garçon, qui le blâmerait de s’enfuir, de tenter de se débarrasser de cette chose collante qui ne veut vous lâcher d’une semelle ?
« Bah, il n’était pas si mauvais garçon qu’on pouvait le croire, puisqu’il avait poussé Florentine vers Emmanuel, bien capable celui-là de l’aimer véritablement. Mais il n’avait pas prévu qu’il la reverrait. Ni au restaurant, qu’il évitait absolument, ni par hasard. Encore moins, la nuit, dans une rue déserte… » (p. 192)
Il essaye de l’écarter gentiment, mais elle ne veut pas comprendre, elle ne veut pas lui ficher la paix. Il est conscient non seulement du fait que l’existence de Florentine dans son quotidien est mauvaise pour lui, mais aussi que son existence n’est pas favorable pour la serveuse parce qu’il sait qu’il ne peut l’aimer. Malgré tout, malgré que la seule présence de la fille le fasse souffrir davantage, il la revoit…
« Elle était sa misère, sa solitude son enfance triste, sa jeunesse solitaire; elle était tout ce qu’il avait haï, ce qu’il reniait et aussi ce qui restait le plus profondément lié à lui-même, le fond de sa nature et l’aiguillon puissant de sa destinée. » (p. 213)
Pourquoi? Il se voit en elle, il voit sa misère en elle et ses élans de compassion l’empêchent de la renier complètement, une partie de lui ne peut se résoudre à laisser cette chose triste toute seule dans le noir de la pauvreté… parce que Jean Lévesque a beau être ambitieux et parfois un peu froid, mais il n’est pas dénudé d’émotions. C’est une âme affligée, mais compassionnée et passionnée. Les yeux mouillés d’une jeune fille suffisent pour le garder auprès d’elle, ne serait-ce que temporairement.
En dépit de cela, Jean reste Jean. C’est un héro dramatique au passé dramatique qui lutte contre son malheur. Le viol de Florentine marque sa descente dramatique, car aussi courageux que puisse être ce héro, il est humain et il est fatigué (sans compter que la jeune fille ne lui facilite pas la vie en lui tournant sans cesse autour). C’est sans aucun doute un acte impardonnable, bien que justifiable jusqu’à un certain point. Pourtant, en réponse de sa conduite, il fait un autre sacrifice – celui de quitter enfin Saint-Henri. Un héro n’est pas toujours habillé de draps blancs.
« Il se rappelait en même temps que, parfois, dans sa vie, il avait cherché à soulager sa peine, sur sa route. Enfant, il cédait volontiers ses friandises à un petit camarade. Il avait encore de ces mouvements généreux, pourvu qu’ils ne gênassent pas la libre expansion de son être. » (p. 214)
Note : À lire ou relire avec un ton velouté et légèrement sarcastique.
Alternative temporelle (2D)
Mercredi 10 décembre 2008
Franchement, je n’aurais jamais du me lancer à l’écriture de ce passage… à savoir qu’il fallut que je termine ce truc à l’eau de rose…
(Chapitre XIV)
Dans la lueur éclairante du jour, Caroline se promenait dans le centre-ville en une de ces rarissimes occasions. Elle se demandait d’ailleurs pourquoi y avait-il toujours tant d’objets si hauts au centre-ville; les gratte-ciels ornaient l’espace et quelques grues s’imposaient de leurs massifs ferreux. Elle n’avait d’ailleurs jamais compris pourquoi l’homme ne cessait de construire en ces terres surpeuplées. N’y en avait-il pas assez de bâtiments entassés les uns des autres? Mais non, les hommes continuaient obstinément d’installer leurs machines et leur ciment pour construire des bâtisses encore plus haut, plus haut, comme si c’était une nécessité! Jusqu’à ce que le centre-ville explose de buildings! C’était quoi la faute à tout ça? À l’argent! Le cash! Les maudits billets verts.
« Quelle misère noire, l’argent, quelle fléau, pensait Caroline qui était carrément épuisée du côté financier. »
En marchant, la jeune fille voyait des itinérants qui tendaient leur couvre-chef de piètre allure avec une face de bouffon imitant la forme d’une cenne noire vers les fenêtres des automobilistes, qui ne portaient même pas attention au caractère quêteur de ces pauvres gens. Couverts d’un revêtement vert sale bas de gamme et d’une paire de pantalons fluorescents troués, ces clowns recevaient pour la plupart comme réponse une fermeture des vitres automatiques. Elle se soulageait un peu en voyant qu’il y avait pire qu’elle dans cette société et que ce sont ces gens là qui devraient souffrir le plus à Montréal. Caroline ressentait d’ailleurs un certain mépris pour ces ambulants chasseurs de monnaie, même si elle était déjà assez pauvre.
Elle se dirigeait d’ailleurs sur Rue Sherbrooke vers l’hôtel Delta, où travaillait Bruneau Pelletier dans le secteur de l’économie, le caprice de Caroline. La place était prestigieuse, avec une fontaine et de nombreux arbres plantés autour d’une clôture faisant l’office d’un beau jardin artificiel qui jonchait la voie d’entrée. Des hommes et des femmes bien habillés sortaient et entraient tout mouvementés par un joyeux entrain de voyage. Seule elle était collée dans un coin du jardin avec des buissons mal taillés, la seule dénuée de bonheur dans ce monde qui n’était pas à elle.
Le jeune homme sortit, et ce fut d’un air indifférent qu’il remarqua à peine Caroline. Il fallut que ce soit elle qui débuta la conversation.
- J’espère que j’te dérange pas trop, hésita-elle.
En l’observant, Bruneau avait de moins en moins envie d’entamer une discussion avec elle. Il remarqua son habit du dimanche, qui se constituait d’une vieille camisole dont la couleur avait déjà fui le temps et d’une paire de jeans démodée que l’on pouvait facilement en dénicher dans un bazar, comparé à son complet de haute posture.
Ayant trop peur de ruiner sa réputation avec une misérable comme celle-ci dans un milieu aussi moderne, Bruneau prit un air d’insouciance et fit semblant de ne pas l’avoir vu, se jetant à d’autres préoccupations.
Caroline, comprenant la vilaine ruse, se sentit offusquée, ignorée.
- Coudonc, on peut tu avoir un p’tit chat de temps en temps entre toé pis moé?
- Ben… faudrait que tu t’habilles comme du monde en premier, rétorqua sèchement Bruneau. Pis ensuite, tu devrais te prendre une couple de livres.
La demoiselle n’était pas du genre à se laisser faire. Elle ne l’a jamais été. Coûte que coûte, elle aurait fait volte-face avec une réplique dévastatrice qui aurait laissé à n’importe quel interlocuteur, manquant de respect, bouche-bée. Mais pourtant, à ce moment précis, elle ne put rien faire. La gueule immobilisée, l’émotion avait pris par-dessus le dialogue et elle n’eut pour d’autres options que de se taire, intériorisant sa haine, retenant ses pleurs. Ce n’était pas de sa faute si elle venait d’une famille pauvre. Elle qui, après tous ses efforts, travaillait depuis cinq ans dans un bistro nommé Du Versant pour un gagne-pain à peine équivalent au loyer du mois, à qui fallait-il se plaindre? Au bon Dieu? À Bruneau qui perturbait sa vie déjà difficile?
Après un court instant de silence, Bruneau crut qu’il fallut s’en aller.
- Attends! S’il-te-plaît, ça fait plus de trois semaines qu’on ne s’est pas revu… au moins sortons dehors à quelque part, supplia Caroline qui ne pouvait enlever sa toquade du cœur.
Le jeune homme orgueilleux, épuisé des discussions inlassables avec Caroline, se serait bien éclipsé s’il n’avait eu ce petit brin de pitié. Il l’avait d’ailleurs déjà réussi à oublier, mais le fantôme du passé est revenu le hanter et le voici confronté à un dilemme. Jamais n’aurait-il, et il le regrettait amèrement, utilisé ses talents de Casanova et abordé une fille belle, il l’avouait, mais incroyablement misérable. Il n’aurait jamais voulu coexister pendant toute sa vie avec un boulet qui l’aurait entraîné, lui aussi, dans la pauvreté.
Après une petite hésitation, il se décida.
- Bon, bon, si tu veux ben.
- Chouette alors! Si tu veux faire un tour chez nous, ben ce serait bien l’fun, s’enthousiasma déjà Caroline. Demain, à 9 heures?
Bruneau acquiesça de force et souhaita déjà de terminer cette relation au plus sacrant, pour le meilleur et pour le pire…
(Chapitre XVI)
Ceux qui n’ont jamais entendu le nom de Saint-Michel n’auraient sans doute aucun soupçon quant à sa notoriété. Pourtant, c’est bien un des quartiers le plus défavorisé et le plus pêle-mêle de Montréal, surtout au Nord. C’était là le repère d’un fameux gang de rue, les crips, ou en langage plus compréhensible, les bleus. Prostitution, drogue, meurtre; nommez-en, tous les vices étaient enfouis comme un trésor damné dans le quartier de Saint-Michel.
Il se faisait tard déjà. Bruneau remarqua le désordre quotidien de la rue Bélanger lors de la soirée avec de la musique ouvert à fond et des cris sauvages inintelligibles aboyés par des simili-humains. Il commença à pester ce coin de mauvais goût. D’ailleurs, un saoulard s’était cogné à son épaule et avait failli piquer une bataille avec lui. Heureusement que Bruneau était un fort gaillard, car il lui a renvoyé chez lui en bon langage québécois.
Enfin après avoir traversé une forêt d’animaux sauvages, il arriva chez Caroline au 6559, 15ème avenue. Le premier constat qu’il eut du petit appartement était sa tenue : l’utilité de la serrure brisée comme décoration à la porte principale, la présence de déchets de toute sorte sur le sol et une sonnette défectueuse. Puis, lorsqu’il eut entré dans le hall, c’était l’odeur de la cuisine créole qui lui envahit les narines.
Très vite, il se pressa jusqu’à l’appartement de Caroline et cogna à la porte. Une voix chaleureuse et accueillante se fit entendre.
- Salut, dit-elle.
- Pfouah, se plaignit-il. Qu’essé c’te place perdue là, t’habites ici toi?
Encore irrité par son attitude, Caroline ne répondit pas et alla faire la moue.
Pendant ce temps là, Bruneau constata l’état vide du logement, sinon sa faible qualité. Le seul sofa qui existait dans le salon, aligné à la télévision modèle réduit, était déjà un ramassis de coussins. La vaisselle, qui n’était quasiment jamais faite, erraient en paquet d’assiettes répugnantes. Le sol, poussiéreux, n’avait jamais reçu de coup de balai depuis des lustres.
Finalement, Bruneau se décida qu’il fallait achever son but. Il était venu ici pour rompre à jamais le lien qui existait entre lui et Caroline. Il fallut qu’il le fasse.
Mais sur le point, une envie irrésistible le saisit. Une envie d’enlacer la pauvre fille qui était maintenant devenue bien jolie et naturelle à ses yeux et de la saisir avec son corps prit le dessus.
Caroline ne comprenait pas grand-chose à se regard lancé avec passion, mais se retrouva vite poussée sur le tas de coussins…
Moi, j’ai choisi la grande ville de Montréal, et toi ?
Mercredi 10 décembre 2008
« On part demain, ma femme. On va voir ta parenté, ma femme. Demain, on part, on prend congé. Toute la journée. En route, demain, ma femme. » (p.176)
Dans l’extrait précédent, Azarius annonce que la famille part pour la campagne pour rendre visite à la famille de Rose-Anna.
Une des premières sentiments que j’ai de cette opposition, c’est que dans la ville, c’est plus sombre, beaucoup plus bruyant et c’est moins facile d’avoir la vie belle. Au contraire, dans la campagne, la vie est belle, c’est calme, un bon environnement et succéder n’est pas difficile dans le champ.
Dans les extraits du chapitre XV, entre Rose-Anna et sa belle sœur, Réséda, Gabrielle Roy illustre les différentes valeurs des 2 mères, une de la grande ville et une de la campagne. Réséda craint plus de ce que mangent les enfants et de leur alimentation, les lecteurs voient cela tout de suite par l’extrait : « Mais ils sont ben pâles tes enfants, Rose-Anna! Leur donnes-tu de quoi manger? » (p.200) Normalement, les gens s’adaptent à leurs environnements et cela donne aussi le résultat de la racine de leurs valeurs. Réséda habite la campagne où ils font de l’agriculture, alors les familles de la campagne auront plus à manger. À mon avis, c’est une des raisons que c’est une valeur que tient Réséda.
Tandis que Rose-Anna regarde plutôt que les enfants à sa belle sœur sont mal habillés. Dans la grande ville, et tous savent cela, mais les gens regardent beaucoup la mode, peu importe leur rang dans la société. Rose-Anna réalise que ces enfants n’ont effectivement pas autant de nutrition que les enfants de sa famille de la campagne. « L’avant-dernier de Réséda s’était traîné vers elle sur de grosses pattes courtes, à demi arquées, potelées aux genoux, et, tout à coup, grêles. De ses enfants, assis contre le mur docilement, elle ne voyait plus que les jambes, des jambes pendantes, longues et presque décharnées. » (p. 201)
Dans ce chapitre, Gabrielle Roy montre que la vie en campagne est plus simple, plus facile et meilleure pour quelques. Celle de la ville est plus sombre, difficile et moins attrayante. Je crois que cette comparaison et aussi en une sorte une métaphore pour montrer deux grandes modes de vie à cette époque au Québec. Pour Réséda, la vie en campagne est beaucoup plus agréable et elle aime la vie relaxante plutôt que Montréal. Rose-Marie, elle, préfère « souffrir » dans la ville que de vivre en campagne. Dans la vie, il faut prendre des décisions et il faut sacrifier des privilèges pour d’autres.
C’est comme dans ma vie, où je devais faire un choix et j’ai choisit de rester à la même école et de vivre la vie compliqué en ville que de vivre agréablement avec la mère, mais de changer d’écoles.
Jean – Qualités et défauts
Mercredi 10 décembre 2008
Dans les premiers chapitres, le Bonheur d’occasion nous montre que Jean est un personnage ambitieux, rempli de mal et orgueilleux. Pourtant, nous ne devons pas seulement prendre en compte de ses défauts, mais aussi de ses qualités (même si il n’y en a pas beaucoups).
Pour commencer, la majorité des lecteurs haïssent le personnage Jean à cause qu’il a violé Florentine chez elle. Il faut avouer que la façon dont Gabrielle Roy décrit ses actes à ce moment-là était fort subtil, et il a fallu que je relise plusieurs fois avant de m’en rendre compte. Certes, Jean a commis l’irréparable en posant ce geste, mais il faut lui pardonner, car tous les être humains font des erreurs, et il n’est sûrement pas le seul!
Une autre raison pourquoi les personnes n’aiment pas Jean est le fait qu’il est ambitieux. Pour vous expliquez la raison qu’il est si ambitieux que ça, il faut remonter à son enfance.
En résumé, l’enfance de Jean était très sombre. Ses parents sont morts dans un accident, et il a dû vivre longtemps dans un orphelinat. Finalement, une femme l’adopte, mais ne lui procure aucun bien. La solitude lui peine beaucoup.
«Jean se rappelait avoir trouvé auprès d’elle une solitude pire que celle d’orphelinat.» p.210
En plus de vivre dans la solitude, il vivait dans la misère, à cause qu’il se trouvait dans un quartier défavorisé, Saint-Henri. Donc, pour lui, la seule façon de changer son destin fût l’étude, car seul la connaissance lui fera quitter ce quartier pour avoir une meilleure vie. Il est avantagé par rapport aux autres gens du quartier, car il possède une intelligence et une curiosité hors du commun, qui facilite sûrement ses études.
«Puis Jean se revoyait au collège, élève tout à tout taciturne et frondeur, mais d’une intelligence vive et d’une curiosité avide qui déconcertaient ses professeurs.» p. 210
À son adolescence, il quitte sa famille pour faire des travaux difficiles, tout en étudiant, car il n’abandonne pas son rêve de devenir un ingénieur.
Son enfance et son adolescence nous prouvent qu’il a une bonne raison d’être ambitieux, et les gens devraient cesser de prendre ce caractéristique comme un défaut. Au contraire, je trouve que c’est très courageux de sa part de ne jamais abandonner son rêve, et il fait preuve d’héroïsme dans le roman.
Tri-Crescendo!
Mercredi 10 décembre 2008
« Les chapitres XV et XVI de Bonheur d’occasion servent de pivot à la trame narrative du roman. » À cela, je ne peux qu’être d’accord; et à mon grand dépit. N’avez-vous pas l’impression que jusqu’au chapitre XIV, le tout n’était qu’une immense situation initiale? Que jusqu’à ce point, l’auteure n’a fait que dresser un portrait de la vie des personnages et de l’espace spatio-temporel dans lequel ils évoluent? Une montée dramatique n’est-elle pas nécessaire alors? Or, ce ne sera qu’après ces deux chapitres essentiels que les personnages naïfs de Saint-Henri pourront, en un instant, arracher le voile rose qui couvre leurs yeux aveugles, afin de se détacher de cette illusion permanente, où se nourrissent des espoirs voués à la déception.
En tout premier lieu, il est clair que les événements du chapitre XV vont plonger Rose-Anna dans une profonde amertume. Mais, pourquoi? La visite de sa parenté dans les profondeurs de la campagne, où résonnent tant d’échos de son passé, n’était-ce pas ce qu’elle désirait depuis si longtemps? Eh bien, cette visite, plutôt que d’apporter du bonheur à Rose-Anna, celle-ci va la peiner, la contraindre à voir en face l’état miséreux de sa famille, de sa personne. Au début, elle voulait montrer à sa famille en campagne que la sienne vivait bien en ville, sinon mieux, notamment en faisant pavaner ses enfants dans de beaux habits – qui contrastes avec les habits ringards des campagnards. Mais, elle va voir la pâleur de ses enfants – ceux de Réséda sont plutôt rosé -, et à quel point ceux-ci sont sous-alimentés comparés à ceux de sa belle-soeur Réséda :
« L’avant-dernier de Réséda s’était traîné vers elle sur de grosses pattes courtes, à demi arquées, potelées aux genoux, et, tout à coup, au dessus du bébé, elle avait aperçu une rangée de petites jambes grêles. » (p. 201)
Ces jambes grêles, ce sont celles des enfants de Rose-Anna. Quelle disparité alimentaire!
Cependant, ce sera sa propre mère qui « l’achèvera ». Plutôt que d’agir de manière chaleureuse et compatissante, celle-ci, froide, distante et impitoyable, va jusqu’à accentuer l’état lamentable de sa fille, en laissant entrevoir dans ce qu’elle disait combien celle-ci pouvait mener une vie malheureuse. Il s’ensuit que Rose-Anna perdra sa joie de vivre et sera plongée dans une certaine affliction :
« Elle se sentait presque honteuse, tout à coup, honteuse d’être venue vers sa mère, non pas comme une femme mariée avec ses responsabilités, ses charges et la force que cela suppose, mais comme une enfant qui a besoin d’aide et de lumière. » (p. 202)
Sa vie aurait-elle été différente si elle était restée à la campagne? Une question qui peut soulever bien des regrets…
En ce qui a trait au chapitre XVI, le bouleversement que connaîtront les personnages – Jean et Florentine – sera d’autant plus majeur. Mais, qu’est-ce qui a bien pu perturber ce Jean d’habitude si froid, si flegmatique? Eh bien, des images… les images de son dur passé, qui n’étaient que réminiscences, mais qui vont lentement se reformer, retrouver de leur clarté dans l’esprit de Jean lorsque celui-ci verra l’environnement pauvre et miséreux de la maison de Florentine. L’évocation de ce passé depuis longtemps révolu va le troubler profondément.
« De nouveau, il fixa la madone à l’enfant Jésus au-dessus du buffet. Et il comprit pourquoi cette image l’attirait et le troublait. C’était tout son passé qu’elle évoquait, toute son enfance malheureuse et son adolescence inquiète. Un flot de souvenir remontait en lui. Ce qu’il avait cru bien mort, doucement s’éveillait. » (p. 209)
Et, c’est justement ce trouble qui poussera Jean à accomplir l’action la plus importante jusqu’à ce point de l’histoire : il va violer Florentine – bien que celle-ci ne semblait pas vouloir se défendre («Jean semblait encore prêt à la laisser partir.» (p. 214) ). Pourquoi? Pour rompre définitivement avec la misère, la solitude et la tristesse de sa jeunesse que personnifie Florentine, comme l’ont dit certains? Je n’en suis pas si sûr : la suite du récit suggère plutôt l’effet contraire.
« Longtemps ce dimanche soir, Jean Lévesque marcha au hasard, saisi de haine contre lui-même. Non à cause du visage de souffrance de Florentine qui flottait devant son regard, mais parce qu’il éprouvait le sentiment très net d’avoir irrémédiablement engagé sa liberté. Il eut un geste comme pour desserrer deux bras noués autour de son cou. Aurait-il donc désormais partout où il irait cette impression d’une vie liée à la sienne? » (p. 215)
Ainsi, ce viol, au grand malheur de Jean, va renforcer les liens qui le lient à Florentine, plutôt que de les défaire. Quant à la raison qui motiveraient un tel acte? La frénésie du moment, dirais-je. N’empêche que je considère les répercutions de ce viol (en tant que tel) plus importants pour Jean que pour Florentine, qui en est tout de même la victime. Il va marquer la chute de Jean dans le sens où celui-ci va sérieusement en être troublé et le regretter amèrement, jusqu’à décider de sortir de Saint-Henri (à la p.221).
Quant à cette chère victime qui est Florentine, ce n’est pas le viol qui va la bouleverser. Non. Au moment où Jean l’avait laissé, Florentine était encore enclin à lui demander : «[...] On se rencontre demain, oui, Jean?…” [...]» (p. 217) Ce qui va amorcer sa chute, c’est plutôt le fait qu’après cet incident, Jean (troublé comme on le sait) va disparaître, l’abandonner, partir sans laisser d’adresse. Florentine ressentira alors un sentiment d’insécurité, de solitude et d’humiliation.
«Aucun plan précis ne la soutenait. Elle ne s’avouait pas encore que toutes ses démarches pour retrouver Jean demeuraitent vaines. Accablée par son malheur, éperdue de crainte, elle s’imagina que le hasard la servirait ce jour même et que ce soir, sans doute, un miracle se produirait : elle rencontrerait enfin le jeune homme. Mais même sans cet espoir elle se fût engagée dans ce coin du quartier qui se rattachaitt à la vie de Jean, tant elle se sentait désemparée et abandonnée à une mystérieuse intuition. » (p. 258 )
Si Florentine n’avait pas invité Jean chez elle, qu’adviendrait-il de leur relation? Une question hypothétique dont la réponse ne serait qu’importune : à quoi bon de se torturer l’esprit sur des choses passées qui ne peuvent être changées?
Pour faire le point, ces deux chapitres marquent la chute de Rose-Anna, de Jean et de Florentine; l’état de ceux-ci se dégraderont, iront crescendo… Mais, jusqu’à quel point? Seul le temps le dira…
~Fin~
Désolé pour mon decrescendo…
Un héros? pourquoi pas…
Mercredi 10 décembre 2008
En lisant le roman, nous avons souvent l’impression que Jean Lévesque est le personnage le plus méprisable du monde puisqu’il détruit, sans aucune hésitation, les rêves et espoirs de Florentine.
Toutefois, est-il réellement aussi mauvais qu’il semble être?
Tout d’abord, il est important de préciser que Jean est un personnage réaliste, qui possède des qualités comme des défauts. Après tout, il n’est qu’un simple humain.
«Avait-il vraiment voulu le malheur de Florentine? Une protestation lui vint aux lèvres. Mais non! Aujourd’hui même, il avait entretenu le désir de l’épargner.» (p.216)
De plus, comme le démontre cet extrait, Jean n’a jamais souhaité le malheur de Florentine. Il la repousse pour une simple et unique raison : il sait parfaitement qu’il ne pourrait jamais satisfaire ses attentes (c’est-à-dire, l’aimer à en perdre la raison). Il avait même, pour son bien à elle, «poussé Florentine vers Emmanuel, bien capable celui-là de l’aimer véritablement.» (p.192)
«…déjà, en ce temps-là, il avait un besoin profond d’individualité.» (p.209)
«Et à mesure qu’il allait, il s’enfonçait plus profondément dans la solitude.» (p.211)
Tout au long du roman, Jean est décrit comme un être qui préfère la solitude à la compagnie des gens. Mais cela n’est pas nécessairement un défaut (puisque, au lieu de passer son temps à s’amuser avec des amis, il se consacre entièrement à l’étude, afin d’accomplir son rêve : devenir ingénieur). C’est quelqu’un qui se fixe des objectifs à atteindre dans la vie et qui se donne des moyens pour y parvenir (et cela n’a absolument rien de négatif).
D’ailleurs, avez-vous déjà remarqué que la plupart des super héros (Superman, Spiderman…) agit également seul pour accomplir leurs missions?
Personnellement, je pense que Jean pourrait entrer dans la catégorie des héros (peut-être pas le plus sympathique, mais un héros quand même), puisqu’il a su accomplir des choses extraordinaires avec le peu qu’il possédait au départ (n’oublions pas son enfance malheureuse s’il vous plaît). Jusqu’à maintenant, il s’est plutôt bien débrouiller dans la vie et, pour cela, il mériterait toute notre admiration. Sans oublier le fait qu’il possède également plusieurs caractéristiques du héros traditionnel : il est beau, intelligent, charismatique, etc.
De toute façon, si Jean était si détestable que cela, pourquoi alors Florentine s’obstinerait-elle tant en s’accrochant à lui (malgré ses rejets)?